De Bordeaux au Real Madrid en passant par West Ham et l'équipe de France, l'ancien international a tout repris depuis la base pour devenir éducateur. Rencontre avec un coach curieux, exigeant et passionné de transmission.
Parcours & transition joueur → coach
J'avais déjà cette sensibilité vers la fin de ma carrière, et même avant, vers mes 28 ans. Je me questionnais beaucoup : comment gérer une équipe, comment mettre un projet de jeu en place, comment répondre, en tant qu'entraîneur, aux problématiques posées par l'adversaire.
J'ai eu la chance de croiser des coachs comme Francis Gillot, qui m'a ouvert la porte de son bureau et a partagé son expérience, sa façon de voir les choses, sa structuration. À l'inverse, j'ai aussi connu de très mauvais entraîneurs, de très mauvais managers, qui ne m'ont pas appris grand-chose. C'est à ce moment-là que la réflexion a mûri dans ma tête et a pris sa place.
Ce choix me ressemble : je suis quelqu'un de curieux, qui aime chercher, travailler, approfondir les choses, aller dans le détail. J'ai commencé dans le monde amateur pour apprendre, mais aussi pour être dans la difficulté : devoir tout faire soi-même, ses séances, calculer les distances, travailler sur un demi-terrain, mettre les ballons dans le coffre…
C'est quelque chose qui me plaît, parce que quand on voit l'évolution positive de ses joueurs, on en est encore plus fier. J'ai donc enchaîné toutes mes formations, en commençant par le CFF3 jusqu'au DES — et je ne compte pas m'arrêter là.
Les diplômes m'ont apporté énormément : une structuration, une organisation, une programmation — des notions qu'on n'a pas forcément en tant que joueur.
L'aspect humain a compté tout autant. J'ai rencontré de super personnes, d'horizons différents, avec une autre façon de voir le football : c'était très enrichissant. D'ailleurs, j'ai gardé énormément de contacts avec mes collègues de promotion.
Le football est universel, personne n'en détient la clé. En revanche, beaucoup ont de bonnes idées.
Inspirations & vision du coaching
Oui. J'ai eu la chance de travailler avec Steve Clarke, l'adjoint de José Mourinho pendant des années à Chelsea. Avec lui, j'ai passé des heures et des heures à la vidéo, à analyser tous les détails de mon poste : la position de mes pieds, de mes épaules, mes déplacements, ma prise d'information. On a beaucoup travaillé individuellement sur le terrain.
C'est quelqu'un qui m'a permis d'évoluer et de voir mon poste différemment. Ce que j'en retire, c'est à peu près la même vision : être dans le détail, dans la curiosité, chercher la moindre chose qui peut faire gagner 0,1 ou 0,2 % à un joueur.
Je n'ai pas vraiment de modèle précis. Je m'inspire de tout le monde : je regarde, j'observe, je cherche — surtout ce qui peut correspondre à ma sensibilité. Mais je ne me ferme aucune porte, aucune vision, parce que le football est universel : personne n'en détient la clé. Beaucoup, en revanche, ont de bonnes idées.
Elle vient principalement de ma personnalité et du joueur que j'ai été : de ce que j'aimais et, surtout, de ce qui a fonctionné. Je regarde, j'aime et je travaille ce sport avec passion. Cela dit, j'ai été très influencé par le football anglais — l'intensité et la vitesse de jeu.
Au Pôle Espoirs d'Aix-en-Provence
Un jeune en préformation, c'est déjà l'équivalent d'un jeune en formation. Les journées sont intenses et rythmées, avec beaucoup d'exigence : scolaire, éducative et sportive. Ils sont levés à 6h30 et couchés à 21h45.
Je leur transmets cette réalité en étant honnête, objectif et franc. Je me suis toujours dit que je serais — ou que j'essaierais d'être — le coach que j'aurais aimé avoir. Et les valeurs de ce coach idéal, ça a toujours été l'honnêteté et la franchise.
J'essaie de leur transmettre tout ce que j'ai pu connaître. Si moi j'ai fait 50 ou 60 % d'erreurs, mon but est que ces petits, avec mes conseils, n'en fassent que 30 ou 40 %. Parce que le football, c'est gagner du temps : sur l'apprentissage, et surtout face à la concurrence.
Tout change : la qualité des joueurs, leur investissement — parce que ce sont des jeunes avec un vrai projet personnel — et leur intelligence technico-tactique.
Ma pédagogie change aussi. On essaie d'amener les choses différemment, avec de la réflexion et du questionnement. C'est plus compliqué dans un club amateur, où l'on n'a que deux ou trois séances par semaine, alors qu'au Pôle nous nous entraînons tous les jours.
Coach360 dans sa pratique
C'est un outil pratique, intelligent, et surtout qui me fait gagner énormément de temps dans l'élaboration de mes séances.
J'ai une utilisation quotidienne de l'application : pour toutes mes séances au Pôle Espoirs, mais aussi en club amateur.
Regard & projection
Je n'ai pas de moment vraiment précis. Ce qui m'a le plus surpris, c'est que même à des niveaux amateurs, avec des jeunes, les émotions sont toujours présentes. La satisfaction de voir de jeunes garçons progresser, c'est quelque chose à laquelle je ne m'attendais pas.
Mais si je dois retenir un souvenir, je dirais notre titre de champion U17 Régional avec Fréjus.
Comme je m'oriente vers la formation, dans cinq ans je me verrais bien entraîneur d'une équipe U19 Nationaux, en centre de formation ou en réserve professionnelle : dans la transmission, tout en gardant l'esprit de compétition.
Quant à un ancien pro qui hésite : tout est une question de sensibilité, de motivation et d'envie. C'est un métier différent, mais la motivation, l'envie et la passion doivent rester les mêmes que pour le métier qu'on vient de quitter, celui de joueur.
Et un dernier conseil : gardez en tête cette phrase — « le savoir, en football, c'est de savoir qu'on ne sait rien ». Autrement dit, n'ayez pas de certitudes, soyez à l'écoute de tout, et continuez à chercher.
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